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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 17:34
A Suspicious River ** de Laura Kasischke

Leila a vingt-quatre ans. Elle est réceptionniste au Swan Motel, à Suspicious River, une petite ville tranquille du Michigan. Elle est belle, intelligente, ...et se prostitue pendant son service. Elle vend son corps à des hommes de passage, brutaux parfois (des représentants de commerce qui se "recommandent" entre eux le motel), sans passion, sans tristesse (comme un état de fait) ni nécessité de cet argent qu'elle conserve sans avoir de projet.

Leila vit tout ceci avec détachement, observatrice de cette descente aux enfers, à laquelle l'histoire tragique de sa mère n'est pas étrangère, comme si elle voulait se punir de ce drame. "Moi, j'étais calme, planant en permanence à trois mètres au dessus de mon corps. Peut-être qu'avec moi ce n'était pas différent qu'être tout seul. Vous pouviez être aussi rustre que vous le vouliez, après. C'était sans doute ça qui plaisait chez moi."

Victime volontaire de son autodestruction, la narratrice nous livre son histoire glauque et oppressante, dont on pressent, impuissants, le dénouement.

Le premier roman de L. Kasischke (adapté au cinéma en 2011) est violent, cru et dérangeant, et le désespoir qui s'en dégage est plus ressenti par le lecteur que par le personnage principal.

Eveline

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 09:13
Toute la lumière que nous ne pouvons voir - Anthony Doerr (****)

Une histoire superbement racontée

De 1942 et 1944, les aventures parallèles et finalement chorales d’une jeune fille aveugle refugiée à St Malo, d’un jeune orphelin Allemand enrôlé dans les jeunesses hitlériennes et d’un Nazi chasseur de diamant.

Au-delà des histoires individuelles perdues dans la grande histoire du monde, ce roman, se révèle être une belle surprise. C'est un grand roman populaire, plutôt facile à lire, et ce, grâce à un style limpide et à une narration très rythmée, découpée en chapitre très courts, alternant les aventures des héros ; il se passe toujours quelque chose !

Peu à peu la tension monte, et on finit, happé par le suspense. Les derniers chapitres se lisent d’une traite, et tous les fils se rejoignent, sans céder à la facilité. La fin est ainsi à la fois réaliste (on y croit), et presque naturelle, comme la vie.

On se rapproche notamment des 2 personnages principaux, jeunes personnes, entraînées, bien malgré elles, dans un tourbillon historique sur lequel il est si difficile de prendre prise, et surtout, de se positionner.

De très belles parenthèses agrémentent le récit : la rêverie obstinée de Frederick, l’ami de classe militaire féru d’oiseaux, les attentions ingénieuses et l’amour infini du père de Marie-Laure, qui cherche à la fois à la gâter, la protéger, et lui apprendre à se débrouiller seule, la sourde et tenace rébellion des femmes de St Malo contre l’occupant.

Ce qui intéresse également, c’est la description d’un moment historique devenu presque familier, mais avec le regard d’un non-Européen.

On ne doute pas que ce roman et cette histoire très efficace trouvent rapidement un cinéaste pour en faire une épopée hollywoodienne.

Mais pour vivre ces aventures intenses avec votre propre imaginaire, ne boudez pas votre plaisir et plongez sans hésitez …

Binh

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 15:17
L'amour aux temps du choléra****de Gabriel Garcia Marquez

Cinquante trois ans, sept mois et onze jours...

C'est le temps qu'aura mis Florentino Ariza pour conquérir définitivement Fermina Daza et la faire sienne les onze dernières nuits.

On a tout dit sur Gabriel Garcia Marquez, disparu il y a un an, et on a beaucoup qualifié ce roman d'être le pendant de Cent ans de Solitude. Certes, comme ce dernier, L'amour aux temps du choléra ne peut se soumettre au schéma narratif pas plus qu'au résumé.

Qu'écrire alors? Tout d'abord, que le style de G. Marquez n'a pas vraiment d'équivalent en littérature et que pour l'aimer, il faut aimer l'épopée.

Ensuite, qu'ici, encore plus que dans ses autres romans, l'auteur va chercher à définir l'essence même de l'amour, lui opposer le désir, lui opposer le besoin, le soumettre à l'épreuve du temps et aux vicissitudes de la multitude de personnages qui peuplent le roman. Et miracle, au fil de la lecture se dessine dans notre esprit la forme du véritable amour. On veut réellement y croire et c'est toute la magie de ce roman et de son énigmatique titre ;)

"De sorte qu'il était raisonnable de penser que la femme qu'il aimait le plus au monde, qu'il avait attendue d'un siècle à l'autre sans un soupir de désenchantement, aurait à peine le temps de le prendre par le bras au détour d'une rue parsemée de tombeaux lunaire et de parterres de coquelicots brassés par le vent, pour, de l'autre côté l'aider à atteindre sain et sauf, le trottoir de la mort."

Isabelle-Sabine

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 14:16
Ce qui reste de nos vies****de Zeruya Shalev

Un état de la "terre promise", de la famille, du couple...

Ce qui reste de nos vies est un roman polyphonique où chaque membre d'une même famille est arrivé à un moment charnière de sa vie.

Hemda, l'aïeule veuve depuis longtemps, se meurt. Alitée et inconsciente la plupart du temps, elle laisse son esprit régresser progressivement jusqu'à sa prime enfance, avant la fondation de l'état d'Israël. C'est l'époque des pionniers et des premiers kibboutz. Séparée par la collectivité, comme le veut la règle, d'une proximité maternelle, Hemda s'attache à un lac magique situé non loin de la "maison des enfants" qui sera progressivement asséché pour les besoins des plantations. Dans son immobilité de fin de vie, Hemda laisse son cerveau se remplir des eaux magiques, aujourd'hui disparues, dans lesquelles elle plonge pour retrouver les traces de son passé et par la même du passé contesté de son pays. Cette corrélation lui permet aussi de revisiter les rapports qu'elle a entretenus avec ses deux enfants aujourd'hui quadragénaires.

Avner, fils adulé, est un avocat de gauche qui défend les Bédouins et les Palestiniens (c'est la figure politique du roman). Il est piégé dans un mariage qui décline mais qu'il supporte pour l'amour de ses deux fils et...par devoir. Un jour, qu'il est au chevet d'Hemda, à l'hôpital, il croise la route d'un couple dont l'homme vit sa dernière journée. L'amour qu'il sent entre ces deux êtres sur le point de se perdre bouleverse tellement Avner qu'il comprend que le sens qu'il devra dorénavant donner à sa vie sera de retrouver la femme afin de découvrir ce qui lui a échappé toute sa vie. Commence alors sa quête.

Dina, fille incomprise, est également arrivée à l'heure des choix professionnels et familiaux: une thèse à terminer, une fille qu'elle doit laisser partir pour son épanouissement personnel, le début de la ménopause... (elle symbolise la modernité du pays). Le couple qu'elle forme avec Amos, célèbre photo-reporter, n'est pas brillant non plus et elle se persuade que l'adoption d'un enfant serait la condition au renouvellement de la source d'amour et d'énergie qui se tarit. Malheureusement Amos et leur fille lui opposent un refus catégorique. Commence alors une autre quête.

Et, pendant qu'Avner et Dina se confient leurs désillusions au chevet de leur mère, celle-ci, dont l'esprit remonte parfois à la surface des eaux du souvenir, les écoute et laisse de temps à autre, échapper une phrase fulgurante pour les aider à savoir quel chemin parcourir pour "ce qui reste de leur vie"...

Isabelle-Sabine

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22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 15:26
Chronique d'été : Les Suprêmes et La fille du train****
Chronique d'été : Les Suprêmes et La fille du train****

De mes lectures de cet été 2015, je retiens deux romans que je vous conseille avant la rentrée :

Les Suprêmes**** d'Edward Kelsey Moore

L'histoire de trois quinquagénaires afro-américaines liées par une amitié indéfectible depuis les années 60 qui vivent en Indiana : Odette, la narratrice, parle aux fantômes ; Candice pianiste a un mari volage et la belle Barbara-Jean. Chaque dimanche après l'église, elles se retrouvent au restaurant chez Earl. Un roman qui mêle habilement l'histoire de l'Amérique (la ségrégation et les années hippies...) à celle de ses personnages dont on découvre au fur et à mesure le passé, les peines et les bonheurs. Les sentiments sont finement décrits sans oublier l'humour et une fin émouvante. Des héroïnes que l'on quitte à regret !

Pour ce premier roman, le violoncelliste de Chicago Edward Kelsey Moore s'est inspiré des femmes de sa famille. Traduit de l'américain par C. Traki, il mériterait d'être adapté au cinéma.

La fille du train **** de Paula Hawkins

Chaque jour, Rachel quitte sa banlieue pour Londres en empruntant le train de 8h04 et rentre par celui de 17h56. Et chaque jour, celui-ci s'arrête devant deux maisons. L'une, elle la connaît pour y avoir vécu avec Tom avant qu'il ne la quitte ; l'autre, elle s'y attache imaginant une vie heureuse au couple qui l'occupe. Mais quand la jeune femme disparaît, elle décide de quitter son rôle de spectatrice pour devenir actrice de l'enquête. Bien mené tel un journal intime alternant les confidences et récits de Rachel, d'Anna (sa rivale) et de Megan (la disparue), ce thriller psychologique est addictif. Même si j'en avais pressenti la fin, je l'ai dévoré jusqu'au bout, appréciant les personnalités fragiles de Rachel et de Megan.

Des auteurs tels que Stephen King ou Laura Kasischke ont aussi été conquis par ce premier roman.

Traduit de l'anglais par C Daniellot, il va être adapté au cinéma par Spielberg.

Inès-Marie

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 16:45
La Cigale du huitième jour*** de Mitsuyo Kakuta

Une jeune femme, Kiwako, abandonnée par son amant marié pénètre chez celui-ci et emporte sans préméditation le bébé qui y dormait. Cette enfant qu'elle aurait pu avoir, elle va la faire sienne. Dès lors leur vie à toutes deux sera une fuite à travers l'Archipel japonais.

Où qu'elles se réfugient, Kiwako parvient à créer un cocon protecteur pour la petite et à tisser des liens d'amour maternel d'une grande douceur avec Kaoru.

Ce roman est prenant comme un road movie et dépaysant grâce à la qualité de son écriture qui nous transporte de Tokyo à l'île de Shodo ; d'une secte aux rives de la mer de Seto où rien ne se reflète. Un voyage dans les odeurs, mœurs et paysages du Japon.

Construite en deux parties : le récit par Kiwako de la cavale ; puis celui de Kaoru des années plus tard, "La Cigale du huitième jour" est d'une grande poésie à l'image de son titre métaphore et se lit dans l'empathie pour ses héroïnes.

Beau et riche en réflexions sur l'amour maternel et la filiation, la vie et le pardon.

Inès-Marie

Traduit du japonais par Isabelle Sakaï (Actes Sud, 2014) ce roman a connu au Japon un immense succès et a été adapté au cinéma.

Mitsuyo Kakuta est lauréate de nombreux prix dont le prestigieux Prix Naoki pour "Celle de l'autre rive". Egalement paru en français : "La Maison dans l'arbre".

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 20:24
A moi pour toujours*** de Laura Kasischke

"En ouvrant la porte pour sortir ce matin, je découvris une écharpe de sang, gisant dans l'allée enneigée. Comme un mauvais présage, comme une menace, ou encore un sinistre souhait de Saint-Valentin."

Après "esprit d'hiver" et "la couronne verte", la première phrase me plonge dans mon troisième roman de L. Kasischke !

Sherry découvre le jour de la Saint Valentin dans son casier de l'université où elle enseigne un petit mot : "Sois à moi pour toujours". Un peu de surprise dans son existence un peu morne et rangée, 20 ans de mariage avec un homme sans histoire, un unique fils parti étudier loin du "nid", une "meilleure amie" sans complaisance, un ex ami d'enfance de son fils. Intriguée, flattée de cette attention et de ces messages devenus réguliers, Sherry veut en savoir plus, au risque de fragiliser (voire de détruire) son "bel" équilibre.

L'intrigue et le décor étant plantés, il n'y a plus qu'à savourer ce roman où le double (et trouble) jeu des personnages, les non dits, le suspense et la tension sont présents en un savant mélange dont l'auteure a le secret et qu'elle sait si bien manier.

En un mot : prenant !

Eveline

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 10:12
Miniaturiste**** de Jessie Burton

Tout ce qu'on aime dans un roman!

Nella Oortman, dix-huit ans épouse un riche marchand d'âge mûr et s'installe dans sa demeure à Amsterdam. Là, vivent Johannes Brandt, sa sœur Marin, Otto un serviteur noir et Cornelia la domestique très attachée à la famille.

Son mari lui offre une maison de poupée, exacte reproduction de son nouveau foyer. Nella fait alors appel à une miniaturiste pour la décorer. Mais bientôt, elle reçoit miniatures et figurines qu'elle n'a pas commandées et qui semblent connaitre les secrets et l'avenir de la maisonnée.

La distance de son époux, la froideur de sa belle-soeur, tout a une raison d'être. C'est ce que l'héroïne découvre au fil des événements. Ceux-ci frappant de plus en plus durement. Avec intelligence et bonté, Nella les affronte faisant preuve d'une modernité qui n'a d'égale que la rigueur de cette société hollandaise du dix-septième siècle compassée dans le protestantisme et dominée par le pouvoir des guildes.

Jessie Burton dont c'est le premier roman, s'est inspirée d'une maison de poupée de cette époque exposée au Rijksmuseum. L'histoire qu'elle a imaginée est à la fois originale et très bien écrite : un véritable souffle romanesque habite ce livre et ses descriptions sont remarquables. Dès les premières pages, nous sommes dans l'église avec Nella et cette écriture visuelle et sensible ne se démentira pas jusqu'à la fin.

Les critiques ont d'ailleurs comparé ce roman à "La jeune fille à la perle" de Tracy Chevalier.

Un voyage dans le temps, un véritable attachement aux personnages. Une belle lecture que je vous recommande.

Inès-Marie

Traduit de l'anglais par Dominique Letellier.

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 16:45
Le village de l'Allemand**** ou le journal des frères Schiller de Boualem Sansal

Rachel et Malrich sont deux frères nés « au bled », naturalisés français depuis des années. Leurs parents, mère Algérienne et père Allemand, sont restés en Algérie.

Après le suicide de Rachel, Malrich « hérite » du journal de son frère, et apprend le massacre par le GIA d'une partie de la population d'Aïn Deb ainsi que le passé de leur père pendant la Seconde Guerre Mondiale, et son rôle actif dans l'extermination de masse.

« Sommes-nous comptables des crimes de nos pères... ?»

Rachel vit une descente aux enfers dans sa quête de ce que fut l'histoire de son père à travers la Shoah, et s'estime responsable et coupable d'être le fils de Hans Schiller, officier SS.

Malrich lui aussi a une véritable prise de conscience, vivant dans une banlieue où l'Imam est tout puissant (il a failli partir faire le djihad) et fait le parallèle entre l'islamisme radical et le nazisme.

Le tout appuyé par la réflexion de Primo Levi dans « Si c'est un homme ».

Un roman basé sur une histoire authentique, très bien construit avec les journaux des deux frères qui se croisent.

J'espère vous avoir donné envie de lire cette belle et cruelle histoire, malheureusement d'actualité!

«À ce train, dit un personnage,parce que nos parents sont trop pieux et nos gamins trop naïfs, la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée. Vous devrez alors lui faire la guerre si vous voulez seulement la contenir dans ses frontières actuelles.»

Eveline

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 18:09
Edité également chez Pocket

Edité également chez Pocket

En 1985, à New York, Greta vient de perdre son frère jumeau. Fragilisée par ce deuil et par la rupture avec Nathan (qu'elle n'a pas su retenir), elle entreprend un traitement par électrochoc qui la fait "voyager" à travers plusieurs époques : 1918 et la fin de la 1ère Guerre Mondiale, 1941 et les prémices de la seconde Guerre Mondiale (le bombardement d'Hiroshima), puis 1985, ainsi de suite jusqu'à la dernière séance, puis ...

A travers ces époques (et les modes de vies, la place des femmes dans ces sociétés si proches de nous et pourtant...), c'est l'occasion pour elle de retrouver celles et ceux qui font son monde "réel" et qu'elle aime: son frère, son amant, sa fidèle tante Ruth qui partage son secret.

Une belle histoire d'amour à travers les âges, qui se traîne à mon avis un peu trop en "langueur", volonté certes de l'auteur, mais qui aurait mérité un peu plus de dynamisme.

De très jolis moments de lecture cependant, grâce (pour moi) à Ruth en observatrice avisée.

"Vous êtes toutes pareilles, les Greta. Vous essayez d'améliorer la situation, quoi qu'il vous en coûte. (......) On a tous quelqu'un qu'on veut sauver du naufrage, n'est ce pas ?"

Eveline

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